Société Bretonne du Camellia - Cotes d'Armor


Baptême du Camellia x 'Côtes d'Armor'
le 03 avril 2004 à Park ar Brug en Plouisy

par Roger Salaün

Premiers camellias à fleurs doubles arrivés en Grande-Bretagne en 1792 : Camellia japonica ‘Alba Plena’, et Camellia japonica ‘Variegata’. Suivis peu à peu par d’autres variétés, toujours de Camellia japonica. Elles passent assez rapidement sur le continent, par les Pays-Bas, puis l’Allemagne et l’Italie.

Ce n’est qu’après le Congrès de Vienne en 1815 que nous les voyons apparaître en France où elles sont cultivées, à l’instar des autres pays européens, en serres froides, persuadés que sont les amateurs que cette protection leur est indispensable. Jusqu’au moment où des horticulteurs avisés se rendent compte que, sous le climat nantais, cette protection n’est pas nécessaire, et que pleine terre et plein air leur conviennent parfaitement.

Dès lors, leur développement en France de l’Ouest sera rapide, grâce aux travaux d’une horticulture nantaise très florissante.

En particulier, la Cornouaille bretonne, au climat particulièrement favorable, verra une expansion des variétés nantaises au cours du 19e siècle. En sont témoins les nombreux sujets que l’on peut rencontrer un peu partout autour des vieilles demeures du sud de la Bretagne et dans certains cimetières. C’est ainsi que cette plante extraordinaire est devenue la reine des fleurs hivernales en Bretagne avec une floraison qui peut s’échelonner d’octobre à mai, pendant plus de six mois.

Sans vouloir retracer l’histoire du genre Camellia en Occident, nous savons que plusieurs espèces, autres que le Camellia japonica, ont contribué, par les heureux croisements qui ont été réalisés, à la richesse incroyable de la diversité des variétés cultivées aujourd’hui. Le travail de sélection, qui fut une des gloires de Nantes au cours du 19e siècle et du début du 20e siècle, s’est déplacé dans les pays anglo-saxons, surtout après la fin de la deuxième Guerre Mondiale.
Mais c’est le Dr Williams, en Cornouaille britannique, qui le premier a trouvé ces superbes hybrides de Camellia japonica et de Camellia saluenensis, après l’introduction de cette espèce en 1924 dans son jardin de Caerhays Castle, introduisant ainsi des nuances nouvelles, inconnues jusque là dans les très nombreuses nouveautés apparues grâce à ces premiers travaux.
Les Américains, quant à eux, eurent le bonheur de se procurer, après d’incroyables péripéties, en 1948, une quinzaine de variétés chinoises de Camellia reticulata qui ont permis une nouvelle diversification et de nouveaux progrès génétiques.
D’autres espèces ont été introduites par la suite dans la deuxième moitié du vingtième siècle, en particulier les espèces à fleurs parfumées qui ouvrent des perspectives nouvelles très intéressantes;

Eh bien, aujourd’hui, au coeur de ce magnifique jardin de Fanch et Anne Le Moal, dans ce beau pays du Trégor, dans ce jardin qui est le fruit d’une passion partagée par Anne et Fanch depuis plus de trente cinq années, nous pouvons admirer à loisir la grande diversité de ce genre Camellia qui nous rassemble.

Cette passion est née de l’heureuse rencontre de Fanch Le Moal avec un personnage dont on ne peut pas, ici, ne pas évoquer la mémoire, un personnage qui fut l’initiateur, et le maître de Fanch à partir de 1968. Cet homme si attachant qui communiqua sa passion à de nombreux amateurs, ceux qui sont allés le voir, ceux qui lui ont écrit, et enfin ceux qui ont lu son petit livre édité pour la première fois en 1969.
Il s’agit bien sûr de Jean Le Bihan, de Poullaouen, à quelques 50 km d’ici en direction de l’ouest dans le Finistère voisin, qui écrivit ce petit ouvrage au titre prémonitoire : “Pas de jardin sans camellia”.

Ici, dans ce jardin où sont rassemblées de très nombreuses variétés, tout comme chez le Dr Williams outre-Manche, les abeilles font un remarquable travail de diversification. Les patientes observations de Fanch et Anne font le reste pour sélectionner dans les semis naturels ou dirigés les variétés les plus admirables. Parmi les nombreuses variétés découvertes à Park ar Brug, dont une très intéressante obtention est en cours de diffusion sous le nom de “Ville de Guingamp”, nous allons aujourd’hui dévoiler une merveille que je vais avoir l’honneur de vous présenter sur la demande de mon excellent ami Fanch Le Moal.

Je sais de façon certaine que parmi nous, ici, sont aujourd’hui rassemblés d’éminents spécialistes, des professionnels très avertis, d’anciens professionnels talentueux, dont la compétence est si fantastique que chacun d’entre eux eût été plus qualifié que moi-même pour vous présenter cette nouveauté, qui pour le moment se cache à nos regards.
Mais je dois vous avouer que ma propre passion d’abord, et mon admiration ensuite pour le travail de Fanch, m’ont fait accepter l’honneur d’avoir à vous présenter cette superbe variété qui ne va plus tarder à se montrer.

Elle est née d’un semis récolté sur une variété du Dr Williams qui se nomme ‘Mary Jobson’, présentée pour la première fois au catalogue des pépinières Treseder à Truro en Cornouaille en 1962. Comme vous le voyez ici-même, il s’agit d’une variété à fleurs simples, d’un rose teinté de nuances lavande, vigoureuse et très florifère. Il s’agit d’un hybride de Camellia japonica et de Camellia saluenensis.

Le père de la star du jour est probablement la variété ‘Inspiration’ qui se trouve tout près d’ici. ‘Inspiration’ est plus ancienne que ‘Mary Jobson’ puisqu’elle figurait au catalogue de Hillier dès 1955, et qu’elle fut présentée pour la première fois au public la même année dans la collection du Baron de Rothschild à Exbury. C’est une obtention de Francis Hanger en 1954.

Si la mère britannique ‘Mary Jobson’ est une fleur simple, le père ‘Inspiration’ est semi-double, à vingt pétales de couleur plus soutenue rose phlox.
Tous les deux offrent des fleurs de dimensions modestes : la plus grande, ‘Inspiration’, bien qu’étant hybride de Camellia reticulata, n’a qu’un diamètre de 8 cm 5.

La plante que nous allons découvrir est issue d’un semis réalisé en octobre 1985. Sur le plant sélectionné par Fanch, la première fleur n’apparut qu’en 1996! C’est là qu’on mesure ce qu’il faut de patience et de ténacité pour aboutir au résultat que nous allons contempler.

Comme vous allez le voir, la fleur est somptueuse, tant par son éclat que par sa dimension. Elle est semi-double, offre quinze pétales qui laissent apparaître dès le début de l’épanouissement un bouquet d’étamines dorées. Son diamètre est de douze centimètres, ce qui la classe parmi les fleurs de grande taille. La couleur de la fleur est difficile à définir avec précision tant elle est riche, et changeante à la fois selon l’éclairage. J’ai tenté de la situer dans la gamme des couleurs proposées par le Pr Chouart, Docteur en Sciences, dans “Le Bon Jardinier”. Je pense pouvoir la situer dans les nuances comprises entre rose violacé et rose amarante, entre rose Magenta et rose Solférino avant l’épanouissement complet.
La fleur tient une dizaine de jours et sa couleur s’éclaire en vieillissant de nuances cuivrées à la base des pétales tandis que les étamines seront passées de l’or au brun clair, puis au brun foncé.

Dès que la fleur se fane, elle se laisse choir proprement, laissant la plante dans toute sa beauté. La floraison, qui commence dans les premiers jours de mars et s’achève à la mi-mai, s’échelonne sur environ deux mois et demi.

D’autres propriétés remarquables sont de nature à attirer notre attention d’amateurs ou de professionnels. La plante est vigoureuse et se développe très vite. Elle aime le soleil, qui attire ses rameaux et leur fait apparaître de nombreux boutons, splendides par leur taille et leur aspect, nets de toute nécrose. Son port est plutôt ouvert que compact, mais la ramure est solide et en fait une plante d’aspect aéré, très ornemental, sans qu’il soit nécessaire de lui faire subir une taille particulière. Le feuillage est d’un beau vert foncé, luisant, qui respire la santé.

Parmi toutes les nouveautés apparues ces dernières années, celle-ci attirera à coup sûr l’intérêt des amateurs et aussi des professionnels.
Fanch et Anne peuvent être fiers de leur obtention, et nous pouvons les en féliciter, et les applaudir.

 

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