Société Bretonne du Camellia - articles

 

Le flower blight : 
mise au point, nouveaux tests, perspectives

par Max Hill (directeur ICS-France)
reproduction avec son aimable autorisation d'un article joint au courrier d'ICS-France du 14/09/2009

Quelques rappels indispensables 

Le " Flower Blight ", ou " Petal Blight ", ou " Rouille du Camellia " (Ciborinia camelliae) a été découvert au Japon en 1919. Il apparaît en Californie en 1938, et en moins de vingt ans contamine la totalité des U.S.A. En 1993 il apparaît en Nouvelle Zélande.
Maintenant, la maladie est présente dans toute l'Europe. Compte tenu du cycle de la maladie et de la température nécessaire à son développement, les camellias à floraison hâtive et les C. sasanqua, C. hiemalis et C. vernalis sont rarement contaminés. D'autre part, toutes les variétés n'ont pas la même sensibilité à la maladie. A titre d'exemple, 'Jury's Yellow' et 'Donation' y sont très sensibles, 'E.G. Waterhouse' et 'Julia Hamitter' beaucoup moins. Plusieurs espèces semblent également plus résistantes, par exemple C. transnokoensis, C. yuhsienensis, C. yunnanensis… 
La maladie affecte uniquement les fleurs du camellia ; les autres parties de la plante restent indemnes.

Rassurez, vous ce n'est pas une maladie honteuse !
Preuve en est, nous l'avons tous, dans nos jardins !


Cycle de la maladie 

Lorsque les fleurs contaminées tombent sur le sol, au bout de quelques semaines, des excroissances noires (sclérotes) se développent à leur base, (ces sclérotes peuvent survivre plusieurs années). L'hiver, ou le printemps suivant (fin février-fin avril), lorsque les conditions de température (10-24°C) et d'hygrométrie sont bonnes, des structures semblables à des champignons (apothécies) poussent et émettent des millions de spores (argospores) qui vont infecter les fleurs de camellias.

Cycle du Ciborinia camelliae
cliquez sur l'image pour l'agrandir

Le responsable 

Ce petit champignon (apothécie) de 4 à 10mm est la cause de nos malheurs. Compte tenu de sa couleur marron clair et de sa petite taille, il n'est pas facile à déceler. Ce sont les spores libérées par l'apothécie qui contaminent les fleurs de camellia.

Identification des symptômes 

Comment différencier une fleur contaminée par le Flower Blight d'une fleur attaquée par le Botrytis ou tout simplement abîmée par la pluie ou le gel ? 
C'est très simple : sur une fleur infectée par le Flower Blight, les pétales comportent des taches marron (qui s'élargissent très rapidement) ; en fin de floraison, généralement, la fleur est totalement marron. Lorsque vous la détachez, vous observez à sa base un anneau blanc. Contrairement au Flower Blight, le Botrytis affecte non seulement les fleurs mais également d'autres parties de la plante, en particulier le feuillage. Il sévit du mois d'octobre au mois d'avril.

Contrôles de la maladie 

A ce jour, aucun traitement n'a pu éradiquer totalement le Flower Blight.

Contrôles au sol 
Solutions préconisées à l'extérieur ou en serre. Collecter les fleurs fanées et les détruire par le feu. Sur toile tissée " hors sol ", je suggère aux pépiniéristes l'emploi d'un aspirateur industriel (gain de temps et moins de fatigue).

En serre, pour éviter l'humidité stagnante, privilégier les arrosages (en pulvérisations) tôt le matin et non le soir. Maintenir la serre sous 90% d'humidité. 
A l'extérieur, avant apparition de la maladie, enlever le vieux mulch et le remplacer par un nouveau (aiguilles, écorces de pin). Pulvérisation sur le sol de solutions de calcium cyanamide ou de fongicides. En Nouvelle Zélande, il a été démontré qu'un mulch d'écorce de pin amendé avec Pycnoporus coccineus ou Pharerochaete cordylines (ce sont des champignons) supprimait jusqu'à 83% des sclérotes. Cette expérience a été conduite en phase de recherche.

A mon humble avis, les solutions décrites précédemment sont illusoires. 
Si elles visent à limiter les foyers d'infection locaux, encore faudrait-il que le voisinage les applique. N'oublions pas que les spores de l'apothécie sont véhiculés par le vent, et ce, à plusieurs dizaines de kilomètres !

Contrôles sur l'arbuste 
Ils consistent à pulvériser périodiquement, en période de floraison, des solutions fongicides. 
Les résultats de ces traitements sont quelquefois contradictoires. Parmi les produits testés qui ont montré une certaine activité, on trouve : le fluazinam, le mancozèbe, le thiophanate-méthyle, le tebuconazole, le bénomyl, et le triadiméfon. Cette approche me semble bien meilleure, car elle rompt à sa base le cycle de développement de la maladie et assure une floraison normale des camellias.

Un nouveau traitement sur le Camellia ? 

Après ces rappels indispensables, venons-en à l'objet de mon intervention dans ce domaine. De la chaleur et une hygrométrie trop importante, de la lumière tamisée, une densité de plantes excessive et un substrat trop humide ; réunissez toutes ces facteurs et vous serez dans les conditions idéales de développement des maladies cryptogamiques et champignons divers du Camellia : Glomerella cingulata, Phytophtora divers, Pestalotiopsis, Ciborinia camelliae, Botrytis, Monochaetia camelliae

Dans les serres de l'Université Paris-Sud, je suis fréquemment confronté à ces conditions et, périodiquement, au développement de Pestalotiopsis et Monochaetia. Pour contrôler ces maladies, je pulvérise une suspension de prochloraze (nom commercial : 'Octave') à 1g par litre. En fait, cette poudre est elle-même à une concentration de 46% en prochloraze pur.

Depuis plusieurs années, j'ai systématiquement observé qu'à chaque traitement, aux périodes où sévit le Flower Blight, j'obtenais une rémission de la maladie.

Pour confirmer ces observations, j'ai donc effectué une série de contrôles dont je vous livre les résultats.

Tests sur le camellia 'Little Michael' 

La photo montre le camellia contaminé par le Flower Blight. Dans un premier temps, j'élimine les fleurs très abîmées, puis le camellia est pulvérisé avec une solution de prochloraze.
 Neuf jours plus tard, nouvelles photos de l'arbuste. De nouveaux boutons se sont ouverts et les fleurs n'ont pas été contaminées.

 

Tests sur des fleurs isolées de 'Nicky Crisp' 
Je choisis trois fleurs contaminées marquées 0,1, 2. 

Jour J+0 Jour J+3
0

(traité)

bouton entrouvert avec un début de contamination la maladie a très peu progressé
1

(traité)

pétale contaminé sur la gauche de la fleur la maladie est stoppée
2

(non traité)

pétale contaminé sur la droite de la fleur la maladie a détruit les tissus de la fleur

En outre un bouton traité qui s'est entrouvert ne présente pas de signes de contamination.

Traitement en serre
Des traitements au prochloraze sont effectués tous les douze jours sur le C. japonica 'Hasumijiro' en début de floraison, douze jours plus tard le camellia en fleurs ne présente aucune trace de contamination. Bien que préliminaires, ces résultats sont encourageants. De nouveaux tests seront développés ultérieurement.

Perspectives

Si on analyse le spectre d'action des produits fongicides qui ont montré une certaine efficacité, dont le prochloraze, on constate que la majorité d'entre eux est classée dans la catégorie des anti-botrytis.
Pourquoi ne pas tester tous les fongicides anti-botrytis existants sur le Ciborinia camelliae, en sélectionnant en priorité les fongicides dont le mode d'action agira par contact, (action curative) et surtout systémique, (action prophylactique et curative). Ces produits ne sont pas très nombreux, au maximum une dizaine.
Traiter des plantes peut sembler de nos jours un peu empirique, mais cette méthode n'est pas coûteuse, elle est rapide et à la portée de tout bon observateur. Au laboratoire, si en théorie la culture en milieu stérile et les tests d'activité sont des méthodes in vitro bien rodées, il n'en demeure pas moins qu'elles restent très chères et qu'en finale les tests in vivo seront indispensables !
Amis pépiniéristes, la voie est tracée, sortez vos pulvérisateurs !
Je suis sûr que certains parmi vous ont pu faire des observations intéressantes : résistances variétales, influences des conditions météorologiques, traitements divers… Votre expérience est précieuse, elle intéresse notre communauté. Faites nous partager votre savoir et communiquez nous vos résultats. Les petites solutions résolvent quelquefois les grands problèmes !

De l'optimisme !

Les années se suivent et ne se ressemblent pas. En fonction de l'hygrométrie et des températures extérieures, la contagion est plus ou moins importante.
La floraison des camellias est très généreuse, et les fleurs ne sont jamais toutes contaminées. Il nous en restera toujours suffisamment pour les admirer, les exposer, et faire des photos.
Ce n'est quand même pas le Flower Blight qui nous fera renoncer à notre passion !

Cet article ne peut pas être reproduit sans autorisation de l'auteur.
Max Hill

Bibliographie : l'article le plus complet est paru dans : New Zealand Journal of Crop and Horticultural Science, 2000, Vol. 28: 123-138 ; Title : Review of litterature on camellia flower blight caused by Ciborinia camelliae

Logo de la SBC
webmaster : Pascal VIEU (2007-2016)