Société Bretonne du Camellia - Camellia reticulata


Historique de l'introduction du Camellia reticulata
Son introduction en Occident
Sa propagation
La création de nouveaux cultivars

par Roger Salaün (extrait du Bulletin N°93)

En 1944, à la fin de la 2ème Guerre Mondiale, 80 espèces de camellias avaient été soigneusement décrites (ceci est rapporté par l’Index Kewensis à Londres). Ces camellias provenaient alors presque tous de Taiwan (on disait Formose), d’Inde, d’Indonésie et d’Indochine. Mais l’intérêt des spécialistes se portait avant tout sur 2 espèces : Camellia japonica et Camellia sasanqua, sur lesquelles on possédait de très nombreuses informations. À cette époque, un très célèbre botaniste chinois nommé Hu fit savoir les grandes possibilités de variations offertes par l’espèce Camellia reticulata, et il signalait que la province du Yunnan était fameuse pour la quantité de variétés de cette espèce de camellia, d’une très grande beauté, principalement cultivées à Kunming (qui s’appelait alors “Yunnanfu”).

Il faut savoir que l’Occident n’avait plus rien introduit depuis la collecte d’espèces sauvages de George Forrest en 1924 (parmi lesquelles le Camellia saluenensis). Les seuls camellias reticulata connus en Occident à ce moment étaient la variété ‘Captain Rawes’ et la variété ‘Songzilin’.
‘Captain Rawes’ fut introduit en 1820 par le capitaine Rawes justement (et il semblait absolument stérile et donc inutilisable pour des croisements). Il restera l’unique camellia reticulata jusqu’en 1847, où Robert Fortune, le grand botaniste explorateur, introduisit un 2ème camellia reticulata, ‘Songzilin’.

Voilà donc la situation en 1945 lorsque le Dr W.E. Lammerts rejoignit l’équipe de direction des Jardins Descanso en Californie pour établir dans cet établissement horticole une unité de recherche pour la création et la sélection de variétés nouvelles.

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C. reticulata 'Captain Rawes'

Le premier travail de cette station fut de tester et d’évaluer toutes les espèces de camellia disponibles. Aussitôt que des contacts purent s’établir avec le Japon, la Chine, l’Inde et l’Indochine, des lettres furent envoyées aux consuls des États-Unis dans ces pays, dans le but de trouver une aide pour collecter des graines des espèces présentes dans ces divers pays. Bien qu’une intéressante collection de graines de Camellia japonica pût en résulter, ce ne fut pas utile à un développement significatif des possibilités de variations.

À la fin de 1946, il fut décidé de s’adresser à une association de botanistes pour connaître les responsables de plusieurs muséums, principalement situés dans le continent asiatique. C’est ainsi qu’en avril 1947 fut établi un contact avec le Dr Hsu Hsen Hu, à l’Institut de Biologie de Pékin (Peïping), et avec une douzaine d’autres botanistes chinois. Le Dr Hu répondit en juillet 1947 que la province du Yunnan était très réputée pour ses nombreuses variétés de Camellia reticulata, que l’on pourrait sans doute se procurer à Kunming (capitale de cette province), en s’adressant au Professeur Yu, responsable du jardin botanique de l’Institut du “Dragon Noir”.
Le Professeur Yu tarda à répondre, et ce n’est qu’en janvier 1948 qu’il fit savoir que les camellias cultivés au Yunnan appartenaient tous à l’espèce reticulata. Il décrivait des fleurs de 13 à 15 cm de diamètre, portées par de véritables arbres fleurissant de novembre à mai, et signalait l’existence d’une vingtaine de variétés, en précisant que le seul mode de propagation possible était le greffage, le bouturage étant voué à l’échec, et les semis produisant surtout des variétés à fleurs simples. Il restait donc peu d’espoirs d’introduction en raison de ces difficultés, jointes à celles du transport à l’intérieur de la Chine.

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C. reticulata 'Houye Dieshi' (=Butterfly Wings)

Finalement, il fut proposé et décidé de livrer des plantes entières en pots par voie aérienne. On imagine aisément les difficultés que pouvait présenter cette opération, qui, heureusement, ignorait les règles de quarantaine des USA, qui interdisaient l’entrée de plantes vivantes dans de la terre en provenance de Chine, et sans quoi l’opération n’eût pu se faire.
C’est enfin en mars 1948 que les Jardins de Descanso reçurent un télex du bureau de la Pan American à Shangaï, qui disait que les plants de camellia étaient bien arrivés en bon état, et qu’ils seraient embarqués sur un prochain vol pour San Francisco, qui devrait arriver le 15 mars. On peut s’imaginer la fièvre des responsables de Descanso dans l’attente de ce vol. Afin de s’assurer que les 20 variétés livrées correspondaient bien à l’espèce reticulata, ils se rendirent au Jardin Botanique de Californie au-dessus de Berkeley pour prélever quelques feuilles sur un plant de ‘Captain Rawes’, pour faire une comparaison avec les plants attendus.

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L’attente fut longue; l’avion, prévu le matin, n’arriva que le soir. Il contenait bien 2 ballots d’aspect assez grossier. S’y trouvait-il bien des camellia reticulata, ou bien des camellia japonica? Angoisse!
En comparant les feuilles avec celles cueillies sur ‘Captain Rawes’, on put se rendre compte que les sujets livrés étaient bien des reticulata. Il y avait même 2 sujets en fleurs! Très belles, malgré le long voyage parcouru depuis Kunming, à quelque 5000 km à l’ouest de Shangaï, puis de Shangaï à San Francisco.

Après le passage en douane qui fut rapide, il fallut se présenter à l’USDA (qui équivaut à nos services du Ministère de l’Agriculture) avec les plants qui étaient dans la terre de Chine d’origine. Pour respecter les exigences de la loi américaine, il fallut donc sortir chaque plant de son pot et laver les racines de toute la terre venue de la Chine - vous imaginez le travail - puis les replanter dans un mélange terreux américain. Enfin, les plants durent subir une fumigation, pour éviter la propagation éventuelle de tout parasite indésirable.

C. reticulata 'Captain Rawes'

Ce n’est qu’après toutes ces opérations que les plants des 20 variétés chinoises furent acheminés aussi rapidement que possible vers Salinas au Sud, et placés en serre. Là, les plants furent transplantés de nouveau dans des pots de 20 cm, dans le mélange terreux habituel de la pépinière, en prenant grand soin des radicelles. Les plants furent placés dans les conditions idéales d’humidité et de température. Puis des scions furent prélevés sur chaque variété, et greffés immédiatement sur de très forts porte-greffe placés dans des conteneurs de grande dimension.
Il semblait bien que les 20 variétés s’étaient établies, malgré quelques chutes de feuilles, car de nouvelles pousses avaient démarré. Pourtant, dès le mois d’avril, il était clair que 5 variétés avaient souffert à la fois du long voyage, de la fumigation, et de la transplantation, et qu’elles allaient disparaître, de même que toutes les greffes réalisées, malgré tous les soins apportés. C’est pourquoi, à la demande des responsables, des scions des 5 variétés mortes arrivèrent de Chine en excellent état apparent. Et, de nouveau, malgré les soins apportés au greffage sur des porte-greffe de qualité, ce fut l’échec.
Finalement, les Jardins Descanso disposèrent de 15 des variétés chinoises sur les 20 disponibles en Chine. Placés dans les meilleures conditions possibles de lumière, d’humidité, d’alimentation, les plants d’origine et les greffes se développèrent très bien.
En 1952, Descanso disposait de 25 plants de chacune des 15 variétés survivantes, qui fleurirent en abondance de fleurs de très grande beauté, d’un diamètre de 12,5 à 15 cm.

C’est à partir de ces 15 variétés que des croisements furent aussitôt entrepris, y compris avec des Camellia japonica, mais aussi avec Camellia saluenensis, Camellia granthamiana, Camellia pittardii, Camellia sasanqua, Camellia fraterna.
Aujourd’hui, Macoboy cite 120 variétés issues de ces croisements, toutes de réelle beauté, et avec généralement des fleurs de très grande dimension et de coloris très riches, dans une palette totalement différente de celle des japonica ou des saluenensis.

Quelques exemples d'hybrides de Camellia reticulata :

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Camellia 'Leonard Messel'
C. reticulata x (C. x williamsii 'Mary Christian')
Camellia 'Dream Girl'
C. reticulata 'Buddha' x C. sasanqua 'Narumigata'
Camellia 'Loïs Shinault'
C. reticulata 'Dataohong' x C. granthamiana

Sources :
1. “What camellia is that?”, livre de Stirling MACOBOY
2. "The now camellia reticulata hybrids ; The story of their discovery, importation, and propagation", article du Dr W. E. LAMMERTS (Descanso Gardens, La Cañada, Californie) dans le Journal de la Société Internationale du Camellia, année 2001

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